Derrière chaque écran se cachent aussi des pièges bien moins visibles que le harcèlement : des promesses trompeuses, des vies parfaites qui n’existent pas, et des mécanismes pensés pour capter notre attention… et parfois notre bien-être.
La fabrique à illusions
Les réseaux sociaux regorgent de promesses séduisantes : argent facile, réussite instantanée, popularité sans effort. Mais la plupart de ces images sont retouchées, mises en scène, ou ne montrent qu’une infime partie de la réalité — celle que la personne a choisi de montrer. On pourrait appeler ça une véritable fabrique à illusions : des vies qui semblent parfaites, des corps qui semblent parfaits, des amitiés qui semblent parfaites… et qui, la plupart du temps, ne le sont pas.
Le problème, c’est que notre cerveau ne fait pas toujours la différence. À force de comparer notre quotidien réel à ces vitrines soigneusement mises en scène, on développe un sentiment de ne jamais être à la hauteur : pas assez heureux, pas assez entouré, pas assez réussi. Cette comparaison permanente est une source majeure d’anxiété, en particulier chez les adolescents.
Des plateformes conçues pour capter nos émotions
Ce n’est pas un hasard : les algorithmes des réseaux sociaux sont conçus pour maintenir notre attention le plus longtemps possible, en s’appuyant sur nos émotions. Ce qui suscite de la surprise, de l’envie, de la colère ou de la comparaison retient davantage notre attention — et c’est justement ce type de contenu qui nous est proposé en priorité. Résultat : plus on scrolle, plus on est exposé à du contenu qui joue avec nos émotions plutôt qu’avec notre bien-être réel.
Quand l’écran remplace la relation réelle
Derrière un écran, on peut choisir ce qu’on montre, contrôler son image, éviter les silences gênants ou les émotions difficiles à gérer en face à face. C’est confortable, mais ça peut aussi devenir un piège : à force de s’habituer à ces relations “filtrées” et maîtrisées, il devient parfois plus difficile de construire des relations réelles, avec leurs imperfections, leurs silences, et leurs vulnérabilités. Or c’est justement dans ces relations réelles, imparfaites, que se construisent la confiance et les liens durables.
Grooming et faux profils : un danger réel
Parmi les pièges les plus dangereux du numérique, le grooming désigne le fait, pour un adulte malveillant, de se faire passer pour quelqu’un d’autre (souvent plus jeune) afin d’entrer en contact avec un enfant ou un adolescent et de gagner sa confiance, dans le but de l’exploiter. Quelques réflexes essentiels pour s’en protéger :
- Rester méfiant face à un inconnu, même s’il semble sympathique ou du même âge.
- Ne jamais accepter de rencontrer seul(e) une personne connue uniquement en ligne.
- Ne jamais envoyer de photos intimes, quelles que soient les promesses ou pressions.
- En parler immédiatement à un adulte de confiance si une conversation en ligne devient gênante, insistante ou déplacée.
- Signaler et bloquer le profil sur la plateforme concernée.
L’addiction aux écrans
Le doomscrolling — ce réflexe de faire défiler son fil sans fin, souvent sans même s’en rendre compte — est l’un des symptômes les plus courants de l’addiction aux écrans. On y cherche une gratification immédiate, sans jamais vraiment la trouver, ce qui pousse à continuer encore et encore.
Un autre phénomène, moins connu mais tout aussi important, porte le nom de technoférence : ce sont ces moments où les écrans s’invitent dans nos relations et les perturbent — un parent qui regarde son téléphone pendant un repas familial, une conversation interrompue par une notification, une soirée entre amis où chacun reste sur son écran. À petite dose, ce n’est pas grave. Mais répétée, la technoférence abîme la qualité de nos relations et de notre présence aux autres.
Quelques repères pour s’en protéger
- Se rappeler que ce qu’on voit en ligne est souvent mis en scène, pas la réalité entière de la vie de quelqu’un.
- Se fixer des temps sans écran, notamment pendant les repas ou avant le coucher.
- Cultiver des relations réelles, avec leurs imperfections, plutôt que de se réfugier uniquement dans le virtuel.
- Ne jamais rester seul(e) face à une situation gênante en ligne : en parler à un adulte de confiance ou au 3018.
Un outil pour ouvrir le dialogue
C’est exactement pour aborder ces sujets — pièges, illusions, addiction — de façon accessible et sans jugement, qu’a été conçu Alerte Écran, notre jeu de sensibilisation à la prévention numérique. Pensé par une psychologue pour les familles, les collèges et les ateliers éducatifs, il permet d’ouvrir la conversation avant que ces pièges ne deviennent des problèmes réels.
Numéros et ressources utiles
- 3018 : numéro national gratuit, anonyme et confidentiel contre le harcèlement, les violences numériques et les situations dangereuses en ligne (victimes, témoins, parents, enseignants).

